« Après l’urine, vient le temps du feu. Ici convoqué dans toute sa complexité sémantique, le brasier se développe comme événement plastique aussi bien que métaphorique et symbolique : agent de destruction et de régénération, force incontrôlable, lié mythologiquement à l’accession au savoir et à la connaissance, retournement d’un outil apocalyptique menaçant les corps et esprits divergents, écho aux méga feux, signes des dérèglements climatiques… Il y a de la rage. De la rage et de la joie. »
– Frank Lamy (extrait)
Cette série est sous-titrée EMBRASE-MOI PUTAIN, et c’est le titre de l’exposition qui a réuni l’ensemble des pièces produites depuis 2 ans (du 16 mai au 14 juin 2026, Galerie 26 Chaises Espace Claudie, Paris).
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EN 2024 j’ai commencé à composer des images plus narratives que la série des pisseur·ses qui dépeignaient sans mise en scène les mictions sauvages de mes adelphes et moi-même. J’avais maintenant envie de raconter des choses et j’ai commencé en incorporant à des scènes fictives figuratives des flammes inspirées par les images d’actualité de fin du monde qui rythment désormais nos étés. Jusqu’au franchissement apocalyptique de cette année 2026, j’exorcise en dessinant des scènes où la vie, humaine comme autre qu’humaine, existe, résiste et coule avec et entre les flammes. J’exorcise quoi ? mon éco-terreur, mon éco-honte, mon éco-mélancolie, mon éco-douleur, mon éco-impuissance, mon éco-rage.
Et puis l’obsession s’élargit, j’ai comme envie d’explorer le feu dans chacune de ses dimensions, méthodiquement. Dans mes dessins il y a au fil du temps d’autres feux que je raconte, parce que ce motif est d’une portée métaphorique, symbolique, plus lourde de sens, de projections et de désirs humains que n’importe quel autre élément. Je crois d’ailleurs qu’il n’existe pas de paraphilie ou de perversion comme celle de la pyromanie pour l’eau, la terre ou le vent. Feu intime, feu foyer, feu révolutionnaire et mâle, feu hystérique, feu vandale (pensée aux familles des poubelles et des trottinettes)… j’explore les thèmes des luttes, des écologies et du vivant qui part littéralement en fumée, mais aussi du genre et de la binarité imposée, de la perte, du deuil et de ce qu’on pleure, de ce qui mérite d’être vu et peint – ou pas…
Je continue aussi de dessiner de façon plus narrative qu’auparavant ; les scènes fictives composées par mes soins sont rejointes par des diptyques qui par leur seule juxtaposition racontent des histoires et des questions.
Et bien sûr, dessiner du feu c’est dessiner de la lumière au sens physique du terme, et c’est aussi l’occasion d’intensifier mon exploration de la fluorescence : de la matière productrice de lumière visible. En contexte d’exposition, mes dessins sont présentés soutenus par un éclairage à la lumière noire, qui peut devenir la seule source de lumière et faire basculer l’expérience visuelle des spectateur·ices. On est ici pour occuper tout l’espace de la représentation et forcer le regard.
La contrainte des pastels à l’huile, qui ne sèchent jamais, obligent à protéger sous verre les dessins finis. Je continue à investir le support « cadre », toujours avec ses bords peints contrastants, mais aussi avec des lettrages à la main pour revenir à une forme d’affiche (d’où je viens), ou des ornements tels que des épines de rosier sauvage – émo à mort.
Comme pour les pisseur·ses, autour des dessins aux pastels à l’huile, je travaille d’autres supports : du texte, qui me permet aussi de revenir au plaisir de l’autoédition et des pratiques éditoriales, une série d’ex-votos de vengeance, du dessin à la javel sur textile… Tout est ci-dessous.
Dessins techniques mixtes (pastels à l’huile, stylos Bic, cadres peints).
Cliquez sur les dessins.









Vindex-votos
Entre la série et le multiple, petits formats technique mixte sur papier (cyanotype, pastels à l’huile fluorescents, vernis, lettrage Decadry©)
ex-voto (latin) : offrande votive faite à un dieu en demande d’une grâce ou en remerciement d’une grâce obtenue à l’issue d’un vœu formulé en ce sens
vindex (latin) : vengeur
vindex-voto (néologisme) : offrande vengeresse pour des souhaits non exaucés, circa le capitalisme en phase terminale.
Aux États-Unis en avril 2026, Chamel Abdulkarim s’est filmé mettant le feu à l’entrepôt de papier dans lequel il bossait : « All you had to do was pay us enough to fucking live. »
Le feu vengeur appartient à toustes.
La revanche sociale ne peut que se radicaliser.








« J’AVALE TOUT »
Un détour vers l’écriture et l’autoédition. Entre le zine et l’affiche, petit poème brûlant à afficher, à plier, à découper, à recomposer. Format A3, impression riso deux couleurs, pré-découpage en 8 petits formats réalisé à la main. 50 ex.














« Pyrocène »
C’est l’été, nous sommes en 2026. La quatrième canicule de la saison arrive quand le décompte des mort·es de la troisième n’a pas encore été réalisé, Fontainebleau a été dévastée, des feux incontrôlables sont au portes de Bordeaux, la moitié du monde est en flammes, on parle de « victimes à déplorer » sans jamais parler des millions d’animaux autres qu’humains qui meurent asphyxiés et brûlés, heureusement le gouvernement nous explique qu’on est éco-anxieux et qu’il faut arrêter. Entre deux journées à 38 degrés, je dessine des flammes dans les vapeurs de Javel.
Prototypes de t-shirts PYROCÈNE : étapes successives de décoloration et teinture orange, lettrage au Posca, et un renforcement intérieur thermocollant car la Javel, comme le feu, détruit tout.


To be continued.

